Textes d’appel et affiches

Le texte d’appel à la semaine du procès est disponible en PDF, juste en dessous.
Pour le lire, l’imprimer, le filer à ses potes… Un texte plus long sera publié prochainement.

Texte d’appel à la semaine de Rennes – version courte – format pdf
Texte d’appel – version longue
Texte d’appel et programme – version longue – format pdf
Flyer d’invitation à la réunion publique de la Chardonnière


Appel pour le procès de Clichy-sous-Bois
version longue

2005. 27 octobre, Clichy-sous-Bois. Alors qu’ils rentrent d’un match de foot, Zyed Benna et Bouna Traoré sont coursés par cinq « gardiens de la paix » pour un vol imaginaire. Ils meurent dans le transformateur où ils pensaient trouver refuge, un de leur ami sera grièvement brûlé.

2015. Du 16 au 20 Mars se tiendra à Rennes le procès de deux policiers (sur deux équipages) poursuivis pour « non assistance à personne en danger ». Les deux inculpés sont un flic qui, selon ses propres mots, « ne donne pas cher de leur peau s’ils sont rentrés sur le site EDF » et la standardiste qui a reçu ce message radio.

La faiblesse des charges retenues, la longueur de la procédure et le faible de nombre de policiers à se retrouver devant le tribunal parlent d’eux-même : ce n’est pas dans les tribunaux que s’établissent justice et vérité. S’il aura fallu attendre près de dix ans pour que ces flics passent devant un juge, l’action de la police n’aura pas pour autant été vouée à l’impunité. Dès le soir de la mort de Zyed et Bouna, c’est Clichy-sous-Bois qui s’embrase. Puis la France entière, de proche en proche, de ville en ville. La réaction dépassera comme jamais les frontières d’un quartier. L’état d’urgence est déclaré le 8 novembre, procédure inédite en France métropolitaine qui n’avait été appliquée que dans les colonies – il ne sera levé que le 4 janvier. Ce sont des milliers jeunes qui saisiront l’occasion de prendre leur revanche sur les coups de pressions quotidiens des policiers, cette même pression que fuyait Bouna et Zyed cette nuit d’octobre 2005 . Poubelles et voitures incendiées ou commissariats attaqués, des banlieues parisiennes au village de province, jusqu’en Belgique et en Espagne, de l’affrontement direct aux saccages des institutions.
Ces incendies marqueront une génération entière, bien au-delà de ceux qui y ont participé activement. En témoigneront, l’année suivante, la forme profondément offensive du mouvement anti-CPE et un rappel systématique à la mémoire de Zyed et Bouna, d’Athènes à Ferguson, et encore hier pendant le mouvement ayant suivi la mort de Rémi Fraisse.

« La police est la police de la République. Elle assure l’ordre de la République. Si elle ne le faisait pas, quel ordre lui succéderait ? Celui des mafias ou des intégristes. »
N. Sarkozy, tribune dans Le Monde, 6 novembre 2005.

S’il n’y a pas grand chose à attendre de la justice en général et de ce procès en particulier, il y a par contre à saisir l’occasion d’invoquer à nouveau le souvenir d’octobre et novembre 2005. Et il est d’autant plus pressant de le faire dans une période où la police est plus que jamais présentée comme la seule alternative à la « barbarie ». Il n’y a pas que dans les élucubrations réactionnaires de Fox News qu’on peut faire le parallèle entre la France post-attentats de début 2015 et celle de l’état d’urgence de 2005 : « ennemi intérieur », « mesures d’exceptions », « identité nationale »… C’est la même petite partition, hier si bien mise en musique par Sarkozy, qu’on nous rejoue aujourd’hui. À ceci près que le soulèvement de 2005 était demeuré irréductible aux tentatives d’interprétations politiciennes, et que les centaines de procès d’incendiaires qui se sont enchaînés dans les jours et les mois qui ont suivi sont venus faire mentir le profilage des tenants du choc des civilisations ou de la menace intérieure (« intégristes », « multi-récidivistes », « caïds », « étrangers », etc.). Même les renseignements généraux ont fini par admettre qu’on avait à faire là à une « révolte populaire », une « insurrection non organisée ».
Si le discours du pouvoir est le même en 2015 qu’en 2005, ce n’était à l’époque qu’une tentative de venir brouiller la compréhension de cette évidence qu’est la réaction face à la hogra (oppression, mépris). Il faut bien reconnaître qu’aujourd’hui c’est lui qui s’est imposé comme une évidence, et qui demande à être remis à plat.

Examinons la situation, depuis que quatre millions de citoyens ont défilé derrière une cohorte de politiciens plus ou moins corrompus, d’authentiques dictateurs, de défenseurs des droits de l’homme et de hauts responsables policiers, pour défendre… pour défendre quoi déjà ?
D’un côté, il y a cet étrange front républicain, tous ensemble sous la bannière de la France éternelle, celle de la liberté d’expression et de la torture en Algérie, celle de Papon et de Voltaire. Un grand troupeau où toutes les brebis, blanches et noires, doivent pouvoir trouver leur place. Une grande société si accueillante, qui respecte si bien les grandes valeurs universelles (qu’elle a elle-même édictée) que tout ce qui s’en écarte ne peut être que monstrueux et doit être traité avec la plus grande fermeté, réintégré ou éliminé. Avec ou contre nous ; Charlie ou Kouachi ; liberté d’expression ET prison ferme pour « apologie du terrorisme ».

De l’autre côté, les excités de la guerre de civilisation, les angoissés de l’identité, les nostalgiques des croisades : la barbarie à nos portes – jusque dans nos bras -, Islam vs. Occident, sept milliards de koufar (mécréants). Vision repoussoir, qui vient apporter de la légitimité en retour à l’union républicaine, mais dont la réalisation ne peut pas être tout à fait exclue, tant l’une et l’autre s’alimentent et s’entretiennent mutuellement.

Des deux côtés : la police.

La police comme dernier garant de la société, d’abord. Une société si fragile, si peu sûre de ses bases, qu’elle a besoin d’être continuellement reproduite. Et rien de tel pour faire exister une société que d’en circonscrire les frontières, d’en désigner le dehors : les incivils, les marginaux, les terroristes. Le premier travail de la police n’est pas tant de protéger les citoyens (300 000 flics n’ont pas empêché les attentats et trois millions n’y seraient pas mieux parvenus) que de les fabriquer comme citoyens, comme sujets de la société, c’est-à-dire comme sujets qui doivent tenir leur place dans l’ordre des choses, sinon…
C’est là aussi tout le sens des propositions de lois sur la déchéance civique des djihadistes (comme si c’était dissuasif !) ou le blocage des sites internet coupables d’apologie du terrorisme : les services de police se chargeront de monter les dossiers de relégation hors du champ social.

Ensuite, la police comme force d’occupation. Plus difficile à discerner dans l’esprit des lois, cet aspect de l’exercice du maintien de l’ordre est d’abord palpable dans la mentalité policière : c’est le cow-boy en territoire indien, le GI sécurisant les quartiers d’affaires de Kaboul ou de Falloujah, ou – cocorico ! – le para en opération dans la Casbah d’Alger. Il ne s’agit alors plus d’isoler les éléments perturbateurs, mais bien de tenir en respect une population entière, que ce soit les habitants d’un quartier populaire, les occupants d’une zone à défendre ou une foule qui prend la rue. Bien évidemment, « l’ennemi » ne prétend pas toujours lui-même incarner un ordre concurrent, mais le flic de base comme sa hiérarchie ne peuvent y voir qu’une logique d’affrontement à visée hégémonique (mafieuse, religieuse, civilisationnelle, totalitaire, etc.).

Voilà les deux faces de la police, celle qui se drape dans le contrat social et l’intérêt général ; et celle qui veut en finir avec l’angélisme. Celle de la DGSI et du GIGN ; et celle de la BAC et des CRS. Celle de la police des polices et celle des prétendues bavures. Celle qui affirme garantir la cohésion sociale et celle qui, sachant pertinemment que la société est une fiction, a choisi son camp (l’occident contre les barbares, le développement économique et les notables locaux contre les zadistes, etc.). Deux faces qui ne peuvent pas exister l’une sans l’autre – le fameux tandem good cop/bad cop – comme ne peuvent pas exister l’une sans l’autre les deux termes de l’alternative union républicaine-guerre de civilisation.

Les dernières lois sécuritaires votées et celles qui se préparent élargissent encore le pouvoir de la police, en espérant prolonger de quelques années l’ordre qu’elle défend. Un ordre si mal assuré, dont le maintien est si hystérique qu’il en arrive à reposer sur le « traitement » d’ennemis intérieurs de 8 ans. Le monde de la police c’est la paranoïa, l’angoisse de la menace – extérieure et intérieure – qui vient masquer et justifier sa propre violence (ici on ne décapite pas, mais on envoie des drones abattre les familles des terroristes ; ici, on n’oblige pas les femmes à porter le niqab, mais on n’accepte que les musulmans prêts à se moquer de leur prophète et les musulmanes qui ne portent pas le voile). La meilleure façon de se défaire de la police, c’est de faire exister d’autres mondes.

Il y a bien des voies pour cela. Réagir quand l’action policière va jusqu’à la mort en est une. A chaud, comme en novembre 2005, comme à l’automne 2014, après la mort de Rémi Fraisse, tué par un gendarme mobile dans le Tarn. Mais pas seulement, et c’est l’enjeu des rencontres prévues à l’occasion du procès de Rennes.

Ne pas oublier, d’abord. Ne pas laisser les années et la rotation des gros titres enterrer nos morts. Rappeler que quelle que soit l’issue de ce procès, qui débouchera sans doute sur une relaxe ou une peine symbolique, nous serons toujours nombreux à croire en la vérité des proches plutôt qu’à celle d’une institution qui ne fait que cautionner les exactions qu’elle commet.

Saisir chaque occasion pour mettre en discussion l’existence de la police : il y a eu les occupations, les rassemblements et les émeutes pour Rémi Fraisse, il y a la semaine contre les violences policières à Nantes du 16 au 21 février. Il y en aura d’autres qui suivront cette semaine du 16 au 20 mars. Se rencontrer et s’appuyer sur ce qui existe déjà pour échanger sur ce qu’est la police, sur les moyens de faire avec, de faire contre, de faire sans. Faire se croiser les expériences des ZAD, d’auto-organisation dans les quartiers, d’auto-défense juridique et pratique.

Reprendre la parole, arriver à réfléchir ensemble et sortir du régime de l’émotion après des semaines de glaciation de la pensée sous les discours unanimistes et républicains.

Des cantines-rassemblements devant le tribunal seront organisées tous les midi du 16 au 20 mars et des temps d’échanges, de discussion auront lieu dans différents lieux de Rennes en fin de journée.

MANIFESTATION MERCREDI 18 MARS À 15H, AU DÉPART DE LA CITÉ JUDICIAIRE
ET RÉUNION PUBLIQUE LE MARDI 3 MARS À 18H À LA MAISON DE LA GREVE

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